Dieu nordique
HÖÐR
Höðr est celui dont le geste donne la mort à Baldr. Dans le récit de Snorri, ce dieu aveugle reste à l’écart des jeux des Ases, jusqu’à ce que Loki lui remette le gui et dirige son tir. Un geste qui paraît rejoindre le jeu devient alors une perte irréparable.
Les poèmes eddiques le nomment aussi comme meurtrier de Baldr et annoncent la vengeance de Váli. Mais son histoire ne s’arrête pas à cette mort : la Völuspá fait revenir Höðr et Baldr ensemble dans le monde renouvelé.
Carte d'identité
Un dieu dont le portrait reste bref
La Gylfaginning présente Höðr en quelques lignes : il est aveugle, possède une grande force et restera associé à un acte dont les dieux préféreraient ne pas parler. Snorri annonce ainsi le drame avant de le raconter.
Cette courte notice ne décrit ni une enfance ni une longue série d’aventures. Le Skáldskaparmál le désigne notamment comme fils d’Odin et meurtrier de Baldr. Ces indications permettent de situer le personnage sans lui inventer un domaine divin.
Le meurtrier annoncé par la voyante
Dans Baldrs draumar, Odin interroge une voyante sur les rêves inquiétants de son fils. Elle nomme Höðr comme celui qui donnera la mort à Baldr, puis annonce le vengeur né de Rindr.
Le poème construit une scène de révélation : le destin est annoncé à Odin. Il ne développe pas toute la ruse du gui ni la participation de Loki telle que la raconte ensuite Snorri.
Loki lui remet le gui
Chez Snorri, Frigg a obtenu des êtres et des choses qu’ils ne blessent pas Baldr. Les dieux prennent alors plaisir à le frapper de projectiles sans lui faire de mal. Le gui, jugé trop jeune pour prêter serment, constitue la seule exception découverte par Loki.
Höðr ne participe pas : il explique qu’il ne voit pas où se trouve Baldr et qu’il n’a pas d’arme. Loki lui fournit le gui et lui indique où tirer. Le projectile atteint Baldr, qui tombe mort. Le récit distingue donc l’auteur du coup de celui qui prépare et guide le geste.
Váli accomplit la vengeance
Baldrs draumar et la Völuspá associent cette mort à une vengeance immédiate. Váli, fils d’Odin et de Rindr, accomplit sa mission alors qu’il n’a qu’un jour. Le poème évoque son refus de se laver les mains ou de se peigner avant d’avoir vengé Baldr.
Le Skáldskaparmál nomme explicitement Váli comme meurtrier de Höðr. Il ne faut pas confondre ce fils d’Odin avec le Váli que la prose de Snorri mentionne dans le châtiment de Loki.
Revenir auprès de Baldr
Dans le monde qui suit le Ragnarök, la Völuspá place de nouveau Baldr et Höðr ensemble. La Gylfaginning reprend cette perspective : ils reviennent de Hel et rejoignent les dieux du monde renouvelé.
Ce rapprochement donne une issue différente au récit de vengeance. Les textes annoncent leur présence commune, mais ne racontent ni une scène de pardon ni une réconciliation détaillée. Le portrait de cette fiche est une évocation artistique contemporaine, non une représentation ancienne attestée.
Figures liées
Récits et lieux associés
Distinguer les textes
La cécité est explicite chez Snorri
Les passages poétiques cités annoncent le meurtrier et la vengeance sans développer le portrait du dieu aveugle proposé par la Gylfaginning.
Pas de fonction générale inventée
Ces passages ne suffisent pas à faire de Höðr un « dieu de l’hiver » ou un « dieu des ténèbres ». Sa place est ici décrite à partir de ses actes attestés.
Épisodes attestés
La prophétie
La voyante interrogée par Odin nomme Höðr comme meurtrier de Baldr dans Baldrs draumar.
Le geste fatal
Chez Snorri, Loki remet le gui à Höðr et guide son tir contre Baldr.
Le renouveau
Après le Ragnarök, Höðr revient aux côtés de Baldr dans la Völuspá et la Gylfaginning.
Sources et passages
Snorri Sturluson, Gylfaginning — XXVIII, XLIX et LIII
Portrait de Höðr, intervention de Loki et retour depuis Hel. Traduction anglaise d’Arthur Gilchrist Brodeur, 1916 ; numérotation de cette édition.
Snorri Sturluson, Skáldskaparmál — XII–XIII
Váli comme vengeur et meurtrier de Höðr ; Höðr comme fils d’Odin et lanceur du gui. Traduction anglaise d’Arthur Gilchrist Brodeur, 1916.
Edda poétique, Baldrs draumar — 8–11
Questions d’Odin, meurtrier annoncé et vengeance. Traduction anglaise de Henry Adams Bellows, 1923 ; numérotation de cette édition.
Edda poétique, Völuspá — 31–34 et 62
Mort de Baldr, gui, vengeance et présence de Baldr et Höðr dans le monde renouvelé. Traduction anglaise de Henry Adams Bellows, 1923 ; numérotation de cette édition.
À lire ensuite
Höðr, du geste fatal au retour
Höðr relie la mort de Baldr, la manipulation de Loki et la vengeance de Váli. Son retour avec Baldr rappelle que le récit nordique ne s’achève pas uniquement dans la destruction : il ouvre aussi un avenir dont les textes ne dessinent que quelques traits.



