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Figure nordique

LOKI

Loki est une figure mobile et contradictoire des sources nordiques. Il voyage avec les dieux, provoque des crises puis contribue parfois à les résoudre ; ailleurs, il insulte l'assemblée divine, rend possible la mort de Baldr dans le récit de Snorri et combat contre les dieux au Ragnarök.

Aucun texte médiéval conservé ne le définit simplement comme un « dieu du feu ». Cette identification appartient à l'histoire des interprétations modernes. La fiche distingue donc les épisodes attestés des tentatives savantes, nombreuses et incompatibles, visant à lui attribuer une essence unique.

Carte d'identité

Nom vieux norrois
Loki
Parenté
Fils de Fárbauti et Laufey ou Nál ; père de Fenrir, Jörmungandr et Hel avec Angrboða selon Snorri.
Traits attestés
Ruse, parole agressive, changements de forme, franchissement des limites et rôle dans plusieurs crises divines.
Objets et formes liés
Filet lors de sa capture ; formes de jument, saumon, faucon et autres métamorphoses selon les récits.
Place parmi les dieux
Compagnon fréquent des Ases, sans fonction cultuelle clairement attestée dans les sources conservées.
Épisodes centraux
Objets des dieux, enlèvement d'Iðunn, Lokasenna, mort de Baldr, ligotage et Ragnarök.

Une place difficile à enfermer dans une catégorie

La Gylfaginning présente Loki comme fils du géant Fárbauti et de Laufey ou Nál, puis insiste sur son apparence agréable et son caractère changeant. Les poèmes, eux, le montrent surtout en action ou dans des échanges conflictuels.

Loki fréquente les Ases sans être décrit par une fonction stable comparable à celle de Thor ou de Heimdall. Cette position relationnelle explique en partie pourquoi les chercheurs ont proposé des identifications très différentes, sans consensus unique.

Crises et objets des dieux

Dans la Skáldskaparmál, Loki coupe les cheveux de Sif. Menacé par Thor, il obtient des nains de nouveaux cheveux d'or, puis provoque le concours qui produit notamment Gungnir, Draupnir et Mjöllnir.

Le même ensemble raconte son rôle dans l'enlèvement puis le retour d'Iðunn. Loki est d'abord contraint d'aider Þjazi, puis contraint par les dieux de réparer la disparition des pommes. L'utilité et la faute se succèdent sans former un rôle moral simple.

Métamorphoses et naissance de Sleipnir

Dans le récit de la construction de l'enceinte des dieux, Loki prend la forme d'une jument afin d'éloigner l'étalon Svaðilfari et d'empêcher le bâtisseur d'achever son ouvrage à temps.

Il donne ensuite naissance à Sleipnir, le cheval à huit jambes d'Odin. Cet épisode attesté chez Snorri illustre le franchissement des catégories de forme et de sexe, mais ne suffit pas à attribuer à Loki un domaine moderne abstrait.

La parole de la Lokasenna

La Lokasenna met en scène Loki revenant au banquet d'Ægir après avoir tué un serviteur. Il rappelle à Odin qu'ils ont mêlé leur sang, puis attaque successivement les dieux et les déesses par des accusations dont la valeur documentaire doit être maniée avec prudence.

Le poème est une joute d'injures, pas un inventaire neutre des croyances. Il montre néanmoins Loki comme maître d'une parole qui expose les tensions et finit par le couper de l'assemblée.

Baldr : des niveaux de responsabilité distincts

La Völuspá nomme Höðr comme celui qui frappe Baldr et annonce la vengeance de Váli. La Lokasenna fait revendiquer à Loki la responsabilité de l'absence de Baldr, mais sans raconter le mécanisme du meurtre.

La Gylfaginning fournit le récit le plus développé : Loki découvre l'exception du gui, remet le projectile à Höðr et guide son geste. Il faut donc attribuer les détails de la ruse à Snorri plutôt que les présenter comme un récit identique dans toutes les sources.

Ligotage et Ragnarök

Après sa fuite, Loki invente un filet puis se transforme en saumon. Les dieux l'attrapent avec le modèle du filet et le lient ; un serpent verse du venin au-dessus de lui, tandis que Sigyn recueille les gouttes autant qu'elle le peut.

Lorsqu'elle vide le récipient, le venin atteint Loki et ses convulsions provoquent des tremblements de terre dans le récit de Snorri. Au Ragnarök, Loki se libère et affronte Heimdall ; les deux adversaires se donnent mutuellement la mort.

Figures liées

Récits associés

Interprétations à distinguer

L'association au feu n'est pas un fait eddique

L'identification de Loki à un dieu du feu fait partie des reconstructions modernes proposées parmi beaucoup d'autres ; elle n'est pas donnée directement par les Eddas.

Le portrait de Snorri ne résume pas toute la tradition

Les chercheurs discutent la manière dont l'Edda en prose a accentué ou réorganisé le rôle antagoniste de Loki à partir de matériaux plus anciens.

Épisodes attestés

Les trésors des dieux

Après avoir coupé les cheveux de Sif, Loki provoque la fabrication de plusieurs grands objets divins.

Le retour d'Iðunn

Responsable de son enlèvement, Loki doit ensuite reprendre la déesse à Þjazi sous une forme de faucon.

La mort de Baldr

Snorri développe la ruse du gui ; les poèmes donnent des éléments plus brefs et distincts.

Le châtiment et la fin

Loki est lié sous un serpent, puis se libère au Ragnarök et meurt avec Heimdall.

Sources & repères

Texte médiéval

Lokasenna, Edda poétique

Banquet d'Ægir, échange sur le sang mêlé avec Odin, accusations de Loki et annonce de son châtiment.

Texte médiéval

Þrymskviða, Edda poétique

Loki emprunte la forme de faucon de Freyja et accompagne Thor dans la récupération de Mjöllnir.

Texte médiéval

Snorri Sturluson, Skáldskaparmál

Cheveux de Sif, trésors des dieux, enlèvement d'Iðunn et nombreux épisodes où Loki provoque puis répare une crise.

À lire ensuite

Loki, une figure sans essence unique

Les sources donnent à Loki une cohérence narrative faite de mobilité, de parole, de métamorphose et de relations brisées. Elles ne le définissent toutefois ni comme un simple farceur ni comme l'équivalent nordique d'un diable.

Conserver les différences entre poésie eddique, poésie scaldique et synthèse de Snorri permet de décrire sa complexité sans transformer une interprétation savante en identité canonique.