Conte égyptien · Papyrus Westcar
Djédi et les merveilles du papyrus Westcar
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À la cour de Khéops, les princes racontent des merveilles anciennes. Hordjédef propose autre chose : faire venir un homme encore vivant, capable, dit-il, de réunir une tête coupée à son corps. Le vieux Djédi arrive au palais. Mais la rencontre va conduire le roi bien au-delà du spectacle qu’il attend.
Ce conte prolonge la fiche de Djédi et suit aussi l’histoire de Roudjédet, qui donne une suite à sa prédiction. Il appartient au papyrus Westcar, conservé à Berlin sous le numéro P. 3033. Notre lecture française reformule les traductions : les prodiges et les paroles prêtées aux personnages relèvent de la littérature, pas d’un témoignage sur une audience historique.

Un papyrus, plusieurs histoires de cour
Westcar rassemble des histoires de prodiges autour de rois et de savants. Avant l’arrivée de Djédi, Khéops entend notamment le récit d’un crocodile de cire devenu vivant et celui d’un bijou retrouvé sous les eaux grâce à un magicien. Les merveilles se répondent, mais leurs auteurs sont différents : il ne faut pas toutes les attribuer à Djédi.
Le prince Hordjédef change ensuite la règle du jeu. Pourquoi s’en tenir aux hommes du passé, dont on ne peut plus vérifier les exploits ? Il connaît un sage que le roi peut rencontrer. Le récit passe ainsi des histoires racontées à une démonstration devant la cour (Petrie, p. 22–25).
Le temps raconté et le temps de l’écriture sont éloignés. La notice du musée de Berlin situe la copie conservée vers 1600 avant notre ère, bien après Khéops. Elle ne date pas pour autant la première composition de l’œuvre. Le début et la fin du papyrus sont perdus : nous lisons une transmission incomplète, et non les archives intactes du règne.
Hordjédef va chercher un sage vivant
Djédi habite Djed-Snéfrou. Hordjédef le présente comme un homme de cent dix ans, doté d’un appétit extraordinaire. Il saurait réunir une tête tranchée à son corps et faire marcher un lion derrière lui, sa laisse traînant au sol. Ce portrait installe le merveilleux dès avant son apparition ; il n’est pas une biographie vérifiée (Petrie, p. 25).
Le prince se rend chez lui en bateau, puis le trouve étendu auprès de sa maison, entouré de serviteurs. Ils échangent des salutations. Hordjédef l’aide à se lever et l’accompagne jusqu’au fleuve. Djédi demande que ses livres et les jeunes gens de sa maison voyagent aussi avec lui. Le savoir arrive à la cour avec ses supports écrits et son entourage, pas seulement avec un homme isolé (p. 25–27).
Devant Khéops, Djédi répond à l’étonnement du roi : il vient maintenant parce qu’on vient de l’appeler. Le souverain veut aussitôt mettre son pouvoir à l’épreuve. Le récit annoncé par le prince devient une rencontre où chacun va révéler ce qu’il peut demander, accomplir ou refuser (p. 27–28).
Un prodige, mais pas sur un humain
Khéops propose de faire amener un prisonnier et de le décapiter. Djédi refuse que l’expérience porte sur un humain. Dans la traduction de Nederhof, le refus invoque le « noble troupeau » ; la formulation de Petrie est différente. L’action essentielle est claire : aucun humain n’est décapité pour cette démonstration (Westcar VIII, 14–17).
Un oiseau est alors décapité, et sa tête placée à distance du corps. Djédi prononce ses paroles magiques : les deux parties se rejoignent, puis l’animal se remet à crier. Le prodige est répété sur un autre oiseau et sur un bovin. Les noms des oiseaux varient selon les traductions ; nous conservons ici la séquence sans imposer une identification zoologique (Petrie, p. 28–31 ; Westcar VIII, 17–IX, 1).
On peut lire dans ce refus une limite opposée au désir du souverain. Le texte ne dit toutefois pas que Djédi invoque Maât : ce serait une interprétation ajoutée à ses paroles. De même, le lion appartient au portrait initial du sage ; le récit conservé ne décrit pas une démonstration avec lui à la cour.
Le secret de Thot échappe encore au roi
Khéops interroge ensuite Djédi sur le sanctuaire de Thot. Dans la traduction de Nederhof, il cherche le nombre de ses chambres ; Petrie parle de ses dispositions ou plans. Djédi corrige la réputation qui le précède : il ne connaît pas le nombre demandé, mais sait où chercher l’information, dans un coffret à Héliopolis (Westcar IX, 2–5 ; Petrie, p. 31).
Le roi souhaite l’obtenir. Or Djédi lui annonce que ce n’est pas lui qui apportera le coffret : ce sera l’aîné de trois enfants encore dans le ventre de leur mère. La scène fait basculer le conte. La question ne porte plus seulement sur ce que sait le magicien, mais sur un avenir que le roi ne maîtrise pas (p. 31–32).
Ce passage n’est pas l’histoire du livre de Thot dérobé par Setné. Les deux contes peuvent se lire ensemble pour réfléchir au désir de savoir, mais leurs objets, leurs personnages et leurs épreuves restent distincts.
Trois enfants promis à la royauté
La mère se nomme Roudjédet. Elle est l’épouse d’un prêtre de Rê, et le récit présente les trois enfants qu’elle porte comme ceux du dieu solaire. Djédi annonce qu’ils exerceront la royauté. Khéops s’inquiète ; le sage lui répond que son fils, puis le fils de celui-ci, régneront avant eux (Petrie, p. 32).
Le souverain s’informe du moment de la naissance et envisage un déplacement vers le sanctuaire de Rê. Une difficulté de navigation apparaît ; Djédi promet de rendre le passage possible. Puis le roi ordonne de l’installer chez Hordjédef et de lui fournir de généreuses provisions. Le conte n’enchaîne pas sur une attaque royale contre les enfants : il change de lieu pour suivre leur naissance (p. 32–33).
Les noms donnés aux nouveau-nés renvoient aux premiers rois de la Ve dynastie : Ouserkaf, Sahourê et Kakaï, associé à Néferirkarê. Les présenter comme trois frères fils de Rê est la construction dynastique du conte. Elle ne suffit pas à établir leur parenté historique ni à reconstituer exactement la succession des règnes.
Les divinités entrent chez Roudjédet
Lorsque Roudjédet éprouve les douleurs de l’accouchement, Rê envoie Isis, Nephtys, Meskhenet, Héqet et Khnoum. Les déesses prennent l’apparence de musiciennes, tandis que Khnoum porte leurs bagages. Le mari les fait entrer, puis elles s’isolent auprès de la mère (Petrie, p. 33–34).
Les trois naissances se succèdent. Isis intervient auprès de chaque enfant, Nephtys et Héqet participent au secours ; Meskhenet annonce la future royauté et Khnoum donne vigueur aux corps. Leur éclat d’or et leurs cheveux comparés au lapis-lazuli les distinguent des nouveau-nés ordinaires. La prédiction de Djédi devient une scène de naissance assistée par les dieux (p. 34–38).
Rê a aussi indiqué ce qu’il attend des futurs souverains : qu’ils entretiennent les temples et les offrandes. Le récit relie ainsi leur origine divine à leurs obligations envers les cultes. Ce lien donne un sens à leur royauté dans l’histoire, sans transformer celle-ci en document généalogique.
Des couronnes cachées et une fin perdue
Le père offre aux visiteurs un sac de grain. Avant de partir définitivement, les divinités y cachent des couronnes royales et provoquent une intempérie pour revenir déposer le sac à l’abri. Plus tard, une servante entend en sortir des chants et des bruits de fête. Roudjédet écoute à son tour, cache soigneusement le sac et partage sa joie avec son mari (Petrie, p. 38–42).
La scène heureuse se trouble ensuite. Battue par Roudjédet, la servante menace de révéler à Khéops la naissance des trois rois. Un parent auquel elle raconte son projet la frappe à son tour. Lorsqu’elle va chercher de l’eau, un crocodile l’emporte. Cet homme revient annoncer sa disparition à Roudjédet, qui redoute la dénonciation (p. 42–45).
Le texte conservé s’arrête là. Nous ne voyons ni la remise du coffret à Khéops, ni le couronnement des enfants, ni une nouvelle intervention de Djédi. La violence faite à la servante appartient au récit ; la raconter n’oblige pas à la justifier. Quant au crocodile, le passage ne le présente pas comme un sort lancé par Djédi.
Ce que le conte fait du pouvoir et du savoir
Djédi n’est pas un magicien qui résout tout. Il refuse une demande, reconnaît une limite à ses connaissances, puis indique un avenir dont d’autres seront les acteurs. On peut lire ce déplacement comme le fil du conte : le roi qui commande une démonstration devient celui qui doit écouter une annonce dérangeante.
La suite consacrée à Roudjédet donne à cette annonce une portée collective. Après le face-à-face entre le sage et le souverain, une maison, une mère, des divinités et une servante occupent le récit. Westcar fait tenir ensemble plaisir des merveilles, tensions du pouvoir et imaginaire des origines royales. Ces pistes de lecture éclairent l’œuvre ; elles ne prouvent ni les prodiges, ni une intention politique unique de son auteur.
À retenir
- Djédi accepte de montrer ses prodiges, mais refuse que le roi fasse décapiter un humain pour l’éprouver.
- La recherche d’un secret de Thot conduit à l’annonce de trois enfants promis à la royauté et liés à Rê.
- Le manuscrit conservé est bien postérieur au règne de Khéops ; sa fin perdue interdit d’inventer un dénouement.
Testez votre lecture
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Sources & pour aller plus loin
Hordedef’s Tale, p. 22–45
W. M. Flinders Petrie, Egyptian Tales, First Series, seconde édition, 1899. Traduction anglaise ancienne dans le domaine public, base de la lecture narrative : arrivée p. 22–28 ; prodiges p. 28–31 ; secret et annonce p. 31–33 ; naissances p. 33–38 ; couronnes et interruption p. 38–45. Les remarques de l’éditeur sont distinguées du conte. Consultée le 18 octobre 2026.
Papyrus Westcar — traduction de Mark-Jan Nederhof
Version anglaise révisée en 2015, d’après Blackman (1988). Contrôle des passages VII, 1–8 (portrait et sanctuaire), VIII, 14–IX, 1 (refus et animaux), IX, 2–14 (coffret et prédiction). Repères du papyrus, pas pagination du PDF. Les traductions divergent notamment sur les oiseaux et le vocabulaire du sanctuaire de Thot. Consultée le 18 octobre 2026.
Neues Museum — papyrus Westcar P. 3033
Notice des Staatliche Museen zu Berlin publiée sur Google Arts & Culture : copie hiératique située vers 1600 avant notre ère, récit placé dans le passé de l’Ancien Empire. Cette datation du support n’est pas celle de sa première composition. Consultée le 18 octobre 2026.
Garstang Museum — Papyrus Westcar
Notice muséale du 22 août 2019, sections sur les quatrième et cinquième récits : articulation entre Djédi et la naissance, noms des futurs rois et interruption du manuscrit. Synthèse moderne à distinguer des traductions ; consultée le 18 octobre 2026.